Des gains de poids (et de profit) pour les veaux en fin d’été

         

Bruno Langlois, agr., La Coop fédérée

Le grand opportunisme de la pro­duction vache-veau a toujours compensé sa plus faible produc­tivité. Nécessitant peu d’infrastructu­res, travaillant 24 heures sur 24, beau temps, mauvais temps, utilisant les terres et les fourrages que d’autres productions délaissaient, la vache de boucherie tirait assez bien son épin­gle du jeu, malgré un revenu brut par hectare peu élevé.

Toutefois, la conjoncture change. Les grandes cultures (céréales, maïs et soya) mettent de la pression sur les terres, souvent à l’intérieur même de l’entreprise. Doit-on s’en inquiéter? Et pourquoi?

Un cercle vicieux

Plus l’herbe de qualité est abondante, meilleure est la production des vaches et par conséquent le gain des veaux. Vrai? Évidemment! On peut alors se­vrer et vendre les veaux tôt en saison. Comme les vaches taries consomment de 25 à 35 % moins que les vaches en lactation, on peut les rationner un peu et ajuster facilement la croissance de fin d’été des plantes aux besoins du troupeau.

À l’inverse, si la disponibilité et la qua­lité d’herbe diminuent, le lait et le gain baissent, surtout que le troupeau doit marcher davantage pour se nourrir. Pour un poids similaire, le sevrage se fera plus tard. La consommation des vaches sera élevée malgré une produc­tion à la baisse. La période de repos des plantes sera difficile à respecter. Et en prime, il aura fallu passable­ment plus de fourrages pour obtenir la même production. Un beau cercle vicieux!

Des impacts importants

Voici justement le cas d’une entre­prise imaginaire de 50 paires vache-veau qui, bon an, mal an, profitait de « retours de prairie » (ces champs où on ne fait qu’une coupe de foin par année) pour y faire pâturer son trou­peau pendant tout le mois d’août, de manière à maintenir un excellent gain chez les veaux.

Malheureusement, cette année, ce producteur a perdu la location d’une bonne terre au profit d’une culture céréalière. Pour compenser, il doit maintenant faire une deuxième cou­pe partout. Toute chose étant égale, l’herbe se fera donc plus rare cette année en août.

Il a donc voulu prévoir le coup et fait préparer des simulations. Le tableau 1 présente les impacts directs prévus :

• Baisse de 46 % du GMQ en août

• Baisse de 27 % du GMQ moyen total

• Sevrage 45 jours plus tardif

• Augmentation de 17 % du besoin en fourrages

Pour toute la saison de paissance, il faudrait donc trouver quelque part l’équivalent d’une centaine de bal­les rondes (plus de 2 500 $), en plus de la date de sevrage plus tardive et des dommages causés par la surpais­sance.

Tout un défi

En fait, le gain des veaux sous la mère en fin d’été (encore plus vrai à l’autom­ne) constitue toujours un très grand défi. La première raison est tout sim­plement liée à la physiologie des plan­tes. Elles ont dû faire face à la chaleur et au temps sec de la fin de juillet et s’adaptent maintenant à la diminu­tion de la longueur du jour et au froid qui s’installe peu à peu. À partir de la mi-août, on entend souvent : « C’est vert, mais ça ne pousse plus!»

La deuxième raison concerne le changement de diète. Il faut savoir qu’après l’âge de 3 mois, ce n’est plus le lait, mais bien l’herbe qui assure la plus forte proportion de l’alimen­tation des jeunes : des veaux de 450 lb consomment au-delà de 35 % de la ration de leurs mères. En fin d’été, vaches et progéniture luttent donc pour la même nourriture.

La troisième raison est paradoxale et s’avère un heureux problème : meilleur est le GMQ des veaux et plus vite le pâturage s’épuisera!?!?! Ainsi, si on reprend l’exemple précédent, le taux de charge augmente à une vitesse hallucinante : 1 050 lb en 7 jours (50 veaux X 3 lb  /j). En réalité, c’est comme si on rajoutait un bouvillon chaque se­maine. Une bouche de plus à nourrir…avec une assiette plus petite. À l’oppo­sé, si le taux de gain n’était que de 1 lb par jour, l’effet serait beaucoup plus négligeable… tout comme le revenu à l’hectare. Un méchant problème!

Vu sous cet angle, il est plus facile de comprendre pourquoi les chan­gements sont si soudains dans les pâturages en août et septembre : le troupeau consomme de plus en plus alors que la vitesse de croissance de l’herbe diminue. Si de nouvelles superficies ne sont pas disponibles à cette période, il faudra agir, faute de quoi le cercle vicieux s’enclenchera.

Actions à court terme

Bien que celles-ci puissent quelques fois sembler audacieuses, les objectifs demeurent clairs :

1. maintenir un GMQ élevé chez les veaux (plus de revenu)

2. améliorer l’efficacité alimentaire globale du troupeau (moins de dépenses)

3. préserver la santé et la vigueur des plantes qui constituent les pâtura­ges

À court terme, la première chose à faire, c’est d’évaluer la croissance des pâturages en fin de juillet. Même si celle-ci est encore bien active, l’alimentation de dérobée (Aliment Opti Boeuf DéroBoeuf ou PSP-PC et grains) permettrait d’alimenter le « bouvillon » qui s’ajoutera à chaque semaine, de maintenir le gain de cha­cun des veaux et de diminuer le taux de charge réel.

Comme autre action « légère », il y aurait peut-être moyen de sélection­ner quelques veaux qui pourraient être sevrés immédiatement pour être vendus lors des premiers encans. Cinq vaches qui ne sont plus en lactation, c’est comme si on venait de retirer une vache du troupeau.

Si l’évaluation a au contraire révélé que la croissance du pâturage s’est arrêtée, les interventions devront être plus musclées. Il faudrait d’abord penser à une fertilisation azotée (30 kg N/ha) des parcelles de graminées qui seront utilisées à partir du début septembre.

Ensuite, il y aurait la stratégique et très logique fermeture volontaire des pâ­turages. Comme le temps est généra­lement sec à cette période de l’année, c’est une excellente occasion de faire un peu de « bale grazing* », pendant 3 à 4 semaines, dans la parcelle néces­sitant le plus d’amélioration. L’autre avantage est de pouvoir ajuster quo­tidiennement les quantités servies à l’appétit des animaux. On en profitera aussi pour offrir l’Aliment Opti Boeuf DéroBoeuf aux veaux plus jeunes.

Finalement, comme dernier et plus puissant outil dans les cas sévères : le sevrage hâtif à la fin du mois de juillet. Ici, le producteur préfère prendre le contrôle de l’alimentation des veaux, plutôt que de risquer un gain hypo­thétique « si-les-plantes-se-remettent-à-pousser ». Avec une analyse de fourrages, votre expert-conseil pourra calculer précisément l’alimentation à servir. Pour ceux qui auraient des doutes, rappelez-vous que les génisses Holstein sont sevrées avant l’âge de 2 mois. Pendant ce temps, les vaches qui ont été taries 1 à 2 mois plus rapidement que prévu se contenteront d’une moindre qualité et quantité de fourrages.

À plus long terme

Les options sont nombreuses. La plus dispendieuse est habituellement l’achat de terre. Quoiqu’il s’agisse d’un excellent placement, le retour sur l’investissement est lent et les liqui­dités sont affectées pendant un long moment. Par ailleurs, comme les améliorations qu’on peut y apporter sont souvent limitées et qu’elle aug­mente la charge de travail, la location de terre est souvent l’option la moins avantageuse.

La valeur sûre demeure toujours la même, c’est à dire augmenter les ren­dements des prairies et pâturages par de bonnes pratiques culturales :

• Égouttement, chaulage, fertilisation

• Rotations courtes dans les prairies

• Paissance en rotation ou en bande

• Semis d’espèces et variétés perfor­mantes, comme le nouveau trèfle ASTERIA

N’hésitez pas à consulter votre expert-conseil La Coop pour vous aider à maintenir des gains intéressants à la fin de l’été : tout autant en poids qu’en profits.

Référence : Focus Opti Boeuf, été 2013, page 12.