Tout ce qu’il faut savoir sur le colostrum

    

En sport motorisé, pour compenser un mauvais départ, ça prend des performances exceptionnelles, tant de la part du pilote que de la machine. Chez le veau, la réussite du départ repose sur le colostrum. Pourquoi?

Un double rôle

Avant la mise bas, la vache procure à son veau un environnement de luxe : logement douillet, chauffage, nourriture. Il n’y man­que que l’éclairage! À sa naissance, le veau se retrouve dans un environnement vraiment hostile. Il vit maintenant sur ses réserves.

La première chose qu’il remarque c’est qu’il y fait terriblement froid; en fait, il risque l’hypothermie dès que la température est en bas de 10 °C. L’assèchement par la mère et la consommation rapide de colostrum le réchauffera et lui fournira beaucoup d’éner­gie. C’est d’ailleurs le premier rôle du colos­trum et souvent le moins connu. En plus des immunoglobulines (IgG) qu’il contient, on y retrouve aussi une grande quantité de pro­téines, sucres, gras et vitamine A et E.

Le second rôle maintenant. Le placenta ne permet pas le transfert d'anticorps (IgG) au foetus durant la gestation. À la naissance, le veau possède un système immunitaire opé­rationnel, mais dépourvu d’anticorps. La synthèse de ceux-ci commence seulement après quelques jours et le système immuni­taire ne devient fonctionnel que vers l’âge de 3 à 6 semaines (Franklin, 2004).

On comprend bien que des infections sont susceptibles d’apparaître chez les veaux avant cet âge. Pendant cette période, seuls les anticorps reçus par le colostrum pourront protéger le nouveau-né. Vaut donc mieux en avoir plus que pas assez!

En fait, les bénéfices ne sont possibles que si le veau reçoit au bon moment la bonne quan­tité de colostrum. Une prise inadéquate de colostrum entraîne un « défaut de transfert passif », c'est-à-dire un taux d’IgG sanguin inférieur à 10,0 g/l 24 à 48 heures après la naissance (McGuirk et Collins 2004).

En fait, un apport adéquat de colostrum per­mettrait de prévenir 31 % de la mortalité des veaux au cours des trois premières semai­nes de vie (Wells et coll. 1996) et 22 % des mortalités totales des veaux (NAHMS, 1992). Même quand ils échappent à la mortalité, les veaux avec défaut de transfert passif présen­tent un poids corporel inférieur 6 mois plus tard (Dewell et coll. 2006). Sans oublier tout le travail que procurent des veaux malades!

La question qui tue…

Est-ce que chacun de mes veaux a vraiment reçu la quantité de colostrum adéquate à sa naissance? La question paraît simple, mais y répondre est beaucoup plus difficile.

Si je vous disais que, selon plusieurs études canadiennes et américaines, jusqu’à 40 % des veaux sont en échec d’un transfert pas­sif des immunoglobulines (Wallace et coll. 2006, Trotz-Williams et coll. 2008), qu’est-ce que vous en penseriez? Évidemment que beaucoup de veaux reçoivent des quantités inadéquates ou marginales de colostrum. Encore une fois, pourquoi?

Le facteur clé de la réussite est le premier repas suivant la naissance. La capacité qu'a l'intestin grêle du veau d'assimiler les IgG décroît rapidement au cours des premières heures suivant la naissance. Après 12 heu­res, l’absorption des anticorps a diminué de 50 % et après 24 heures, l'assimilation est pratiquement nulle. En pratique, il faut au moins 4 litres de colostrum au cours des 12 heures, avec un premier repas moins de 6 heures après la naissance.

Malheureusement, dans le vache-veau, à moins de traire les vaches et de donner le colostrum au biberon, il est impossible de connaître la quantité réellement consom­mée. On surestime souvent cette quantité. D’ailleurs, ce n’est surtout pas parce qu’un veau tète qu’il boit!

Jamais assez, mais toujours trop tard

Une excellente méthode pour diminuer la fréquence de cas d’hypothermie légère et de mauvais transfert d’immunité est d’identi­fier les veaux à risque : veaux de taures, ju­meaux ou veaux de vaches à gros trayons, de vieilles vaches ou de vaches maigres. Un nombre normal se situe entre 15 et 25 % des veaux. Comme on dit : « Dans les premières heures suivant sa naissance, un veau à ris­que ne reçoit jamais assez de colostrum… mais il le reçoit toujours trop tard! »

Ensuite, sans se poser de question, sans se demander s’ils ont bu ou non, on sert à cha­cun de ces veaux, le plus rapidement possi­ble après la naissance, 1 litre de colostrum supplémentaire fait à partir du Colostrum bovin déshydraté disponible à votre coo­pérative.

Un truc simple, réalisable et des plus effica­ces. L’essayer, c’est l’adopter!