La quantité normale de consommation de minéral

          

Par Bruno Langlois, agr., 
La Coop fédérée 

L'alimentation minérale, un thème estival du Magazine Opti Boeuf. La raison est simple, les questions concernant ce sujet sont toujours aussi fréquentes.

Aspect nutritionnel

Les minéraux majeurs, intermédiaires et mineurs ont des rôles spécifiques à jouer. Plusieurs sont impliqués dans des réactions métaboliques et sont par la suite éliminés. Ils doivent donc être remplacés régulièrement, pour la plupart sur une base quotidienne. De plus, les interactions entre éléments sont nombreuses (Figure 1), certaines étant antagonistes. Par exemple, la quantité de molybdène ingérée influence le besoin en cuivre.

Figure 1 : Représentation graphique des interactions minérales

Tableau 1 : Analyses typiques de pâturage de graminées
Analyses typiques de pâturage de graminées

Source : Étude de pâturages La Coop, 2001

Heureusement, les minéraux des fourrages et grains comblent une bonne partie des besoins quotidiens. Une partie ne veut cependant pas dire 100 %. Ainsi, des analyses faites dans le cadre d’une étude terrain (tableau 1) avaient révélé que le contenu en minéral de plusieurs pâturages se trouvait en bas du seuil de carence, pour un ou plusieurs éléments.

À cela s’ajoute que le coefficient d’absorption (ce que l’organisme capte) n’est pas le même pour tous les aliments (Ca d’une graminée vs légumineuse) et que les ratios entre éléments sont souvent loin d’être idéaux (rapports Ca / P, K / Mg, BACA, etc.). Comme cerise sur le sundae : les animaux ne consomment pas des taux, mais des quantités. Par exemple, pendant une période plus chaude, la consommation totale des animaux diminue, alors que leurs besoins augmentent (dissiper de la chaleur, ça coûte cher!). Si le contenu minéral du pâturage est à la limite inférieure, on passe d’une carence individuelle à une carence multiple (Graphique 1).

Graphique 1 :
Indice d’apports/besoins en fonction du niveau de consommation de la ration. 

Tableau 2 : Grille de sélection du minéral à utiliser 

Grille de sélection du minéral à utiliser

*constituent plus de 80 % de la ration depuis au moins 1 mois 

Pour toutes ces raisons, on doit supplémenter quotidiennement l’alimentation du troupeau en minéraux majeurs et mineurs, pas seulement en sel.

Quelle formulation utiliser?

Que ce soit en version texture ou Pro-Bloc, deux formes qui ont chacune leurs avantages et inconvénients, on retrouve au total cinq produits dans la gamme Opti Bœuf La Coop. Le choix doit se faire en fonction du stade physiologique et des aliments consommés (tableau 2). Pour les taureaux, on utilise la recommandation « Vêlage dans moins de 60 jours » pour les 2 mois qui précédent la période de saillie.

Consommation normale ou anormale?

Nous profitons du penchant naturel des animaux pour le sel pour leur apporter les minéraux qu’il leur manque. La quantité de sel de tous les minéraux Opti Boeuf et Pro-Bloc La Coop a été ajustée de manière à combler leur besoin en sel et en minéraux majeurs et mineurs. La consommation de minéral normale prévue se situe entre 8 et 10 grammes par 100 lb de poids vif par jour. Par exemple, un troupeau de 30 vaches de 1 350 lb, 30 veaux de 300 lb et un tau- reau devrait utiliser 1,5 Pro-Bloc par semaine. Ce niveau de consommation correspond à ce qu’une majorité de producteurs observent dans leur troupeau.

Qu’est-ce qui explique alors des situations de surconsommation? Animaux routiniers, les bovins ont tendance à se gaver s’ils ont un doute sur la disponibilité ultérieure d’un aliment, ce qui est souvent le cas des minéraux et Pro-Bloc. Que ce soit un oubli en  réapprovisionnement ou l’omission de faire suivre le point d’alimentation lors du changement de pâturage, ou encore trop d’animaux par point d’alimentation, l’augmentation du taux de charge..., toutes ces raisons provoqueront la même réaction chez les animaux, soit donner l’impression de surconsommer. Mais dans les faits, seulement quelques animaux auront mangé le double ou le triple de leurs besoins, vidant ainsi la mangeoire, et laissant les autres sur leur appétit. C’est d’ailleurs habituellement ce qu’on découvre après une petite enquête des cas de surconsommation : les quantités réellement utilisées sont de moins de 60 % des quantités prévues. Heureusement, ce phénomène se règle en quelques jours dès que les animaux saisissent que l’aliment est disponible en tout temps. Il suffit d’un peu de patience... et de constance!

À noter que l’ajout d’un bloc de sel amène une réduction d’environ 50 % de la consommation de minéral. À court terme, ça peut paraître intéressant, l’économie étant d’environ 10 $ / vache / saison de paissance. Toutefois, cela signifie aussi qu’au même moment, on vient de diminuer les apports réels de tous les minéraux, ce qui est contraire aux objectifs de compléter ce qui manque aux fourrages et pâturages.

En définitive, sachant que pour des raisons expérimentales et scientifiques, on ne sait rien des carences multiples (ex. : sélénium, cuivre et zinc en même temps), serait-il logique de croire que celles-ci sont potentiellement plus risquées et plus fréquentes que les carences individuelles (ex. : sélénium) pour lesquelles les seuils et conséquences ont été clairement établis? Ces carences multiples pourraient-elles affecter la productivité d’un troupeau? En fait, toute perte de plus de 5 lb de productivité par vache par année (moins de 0,03 lb de gain / jour de paissance) transforme l’économie de minéral à court terme (au maximum 100 $ à vie par vache) en perte nette réelle. Qui veut vraiment prendre ce risque? 

Référence : Focus Opti Boeuf, été 2013, page 7.