Investissement ou dépense : voilà la question!

Pour une troisième année consécutive, les ventes de veaux et d’animaux de réforme insufflent un vent de fraîcheur aux entreprises vaches-veaux. Pour l’année 2015, il se pourrait même que votre comptable vous suggère de trouver quelques dépenses supplémentaires… Excellente nouvelle si vous êtes dans cette situation! Prudence cependant.

Un cycle de 10 à 12 ans

Tout nous indique que nous sommes au sommet du cycle de prix qui caractérise la production bovine et que nous amorcerons bientôt la descente. Dans ce contexte, trois grandes règles s’imposent :

1. La fin peut justifier les moyens, mais jamais l’inverse. Mettez sur la table toutes les options possibles pour atteindre vos objectifs avant de fixer votre choix.

2. Prévoir des paiements en considérant des revenus par veau à la baisse. Souvent, il est préférable d’étaler le terme. Au final, on paye un peu plus d’intérêt, mais on conserve une marge de liquidités suffisante pour affronter les évènements.

3. Investir dans des leviers dont la rentabilité est rapide

Quoique plusieurs leviers puissent augmenter l’efficacité opérationnelle globale et la profitabilité d’une entreprise, les délais de rentabilité peuvent être très différents (tableau 1). À ce stade-ci du cycle de prix, il faut favoriser des délais inférieurs à 24 mois; ils permettent des ajustements plus fréquents en fonction des revenus à venir… et impossibles à prévoir!

Un cas type

Il y a 6 ans, Betty et Jos (noms fictifs) ont saisi une occasion pour ajouter 40 vaches à leur troupeau qui en comptait 125. Malgré tout, leurs liquidités ont été affectées négativement. Cette année, leur situation financière s’est enfin redressée. Leur objectif est d’en profiter pour être moins dépendant des achats de fourrages. Pour y arriver, ils ont listé quatre moyens potentiels :

1. Vendre quelques vaches;

2. Acheter une terre de 15 ha (70 000 $ empruntés sur 12 ans);

3. Fertiliser et chauler les prairies;

4. Fertiliser, chauler et rénover les pâturages.

Avec les prix actuels, la première option est rentable à court terme, mais amène beaucoup de facteurs inconnus pour le futur. S’ils choisissent la seconde, comme ils ne sont pas vraiment certains que leur coût de production soit inférieur au coût d’achat actuel des fourrages, le risque de manquer de liquidités sur une période aussi longue est bien réel. En plus, Betty et Jos devront probablement acheter de la machinerie, car il n’y a déjà pas assez de « beau temps » pour tout récolter.

La troisième option est drôlement intéressante. N’ayant à peu près pas chaulé et fertilisé leurs prairies depuis 5 ans (sauf avec le fumier de leurs vaches), ils sont certains que l’augmentation de rendement serait significative. Mais finalement, Betty et Jos ont choisi la quatrième option. Voici les explications de Betty.

« Cette année, nous disposons d’un montant supplémentaire de 7500 $ pour atteindre notre objectif, mais nous ne sommes certains de rien pour l’année prochaine. Nous avons donc pris la décision d’investir dans une roue qui tournera toute seule par la suite (figure 1). Nous avons calculé que pour chaque journée de paissance additionnelle, on sauve entre 2 et 2,50 $ par vache. Ça comprend les balles rondes, mais aussi le carburant et l’usure des tracteurs, la rénovation des sites d’alimentation aux champs, etc. En fait, si on réussit à étirer la saison de pâturages d’au moins 21 jours, nos frais seront couverts.

Selon nous, on va y arriver assez facilement avec les améliorations prévues. En plus d’avoir moins de fourrages à acheter,  nous pensons que les veaux feront au moins 15 lb de gain supplémentaire si les vaches ne manquent jamais d’herbe; ce qui nous donnerait un profit de 53 % qu’on pourra réinvestir dès l’an prochain! »

Bien que ce cas type soit une simulation, il illustre clairement le raisonnement de gestionnaires de hauts calibres : réalisme des scénarios et des attentes en fonction d’un marché cyclique. Ce qui pour plusieurs constitue une dépense (fertilisants, chaux, semences) devient un investissement doté d’un puissant levier. La saison hivernale est le moment rêvé pour en discuter avec vos experts conseils La Coop.

Bonne réflexion!